Mirage vénitien

            Nina Beaumont

 

Venise, 1767

Désœuvré, Lucas prit une mandoline dont il se mit à jouer nonchalamment. Ses yeux mi-clos semblaient fixés sur les corniches en stuc du palais mais, en réalité, il ne voyait rien de ce qui l'entourait. Il était si facile de s'abandonner à l'indolence, dans cette ville où nul ne semblait songer à autre chose! Soudain, il eut l'impression que quelqu'un l'avait effleuré, et il releva la tête. Que ne fut son étonnement de constater qu'il n'y avait personne près de lui! Pourtant, il aurait juré qu'une main de femme s'était posée sur son cœur. Intrigué, il se pencha - et aperçu dans le vestibule son amante Giuletta qui parlait à une jeune fille brune. L'inconnue - une bohémienne - dut se sentir observée car elle pivota vers lui... et le fixa avec une telle hostilité qu'il en fut médusé. Jamais, dans les yeux d'autrui, il n'avait déchiffré autant de haine que dans ces prunelles aussi bleues que l'Adriatique... tout à coup, le jeune  homme sentit une réelle excitation s'emparer de lui. Enfin une énigme à résoudre! Et, ce qui ne gâtait rien, la devinette prenait la forme d'une femme dont le visage aurait pu rivaliser avec les plus beaux portrait de Titien...

 

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